Test du Canon EOS 5D mkIII Part 2

3) Le nouveau module AF

Préambule à l'AF
Pour être totalement transparent dans ce retour d'expérience, je me dois de signaler que suite à un problème d'AF, j'ai du faire pas mal d'aller-retour avec le SAV pendant presque 6 mois pour finalement en venir à un échange standard de boîtier qui a fini par résoudre mes problèmes.
Effectivement, mon premier boîtier, en plus d'être particulièrement mal calé au niveau des micros réglages sur quasiment tous mes objectifs, avait un gros soucis au niveau de la constance du suivi AF même sur des sujets simples et bien exposés comme des piétons marchant en plein soleil dans la rue... La mise au point sur une rafale se faisait parfois devant parfois derrière, et parfois je ne sais pas où... Le souci était aléatoire et ne se manifestait qu'en AI Servo... Particulièrement galère à gérer !
Mon nouveau boîtier, s'il n'est pas parfaitement calé au niveau des micros réglages, est maintenant bien plus fiable au niveau AF !


© Gil COUTURIOT

C’est certainement le point le plus important dans mon choix de changement de boîtier. L’AF du 5DII n’était pas mauvais et même très précis et sensible sur le point central, mais les latéraux, si l’on peut les appeler comme ça vu leur positionnement, étaient inexistants dès que la lumière baissait.
Sur le 5D3, l'AF est bluffant! Son nouveau module 61 point dont 41 de type croisés très efficaces (bien répartis dans le viseur contrairement aux 15 points croisés du module AF Nikon qui sont centrés) et 5 en doubles croix qui forment une ligne verticale au milieu du viseur d’une détectivité redoutable.
Pour vous donner un exemple, la vitesse de mise au point sur le collimateur latéral en croix le plus excentré (qui tombe quasiment sur le croisement de la ligne des tiers) est plus rapide et aussi défectif que le point central de mon 5DII. C’est une liberté créative supplémentaire très importante par rapport au 5DII où je devais user et abuser des cadrages dynamique pour masquer le fait que je devais toujours être pleine pastille pour la mise au point.

Voilà une image faite dans un cinéma avec uniquement la lumière des panneaux sortie de secours pour illuminer la salle. L'AF accroche encore alors que je suis sur un collimateur latéral de type croisé… Inimaginable avec l'un des collimateurs latéraux du 5DII.
Pour vous donner une idée du peu de lumière présent sur cette photo, je suis à 12.800 isos, à F1.2 au 13/ème de sec !!!


© Gil COUTURIOT 5D3 + 85 LII F1.2 1/13 de sec iso 12.800
Bon, à ce niveau de lumière, la qualité d'image est dégradée, mais l’AF continu à suivre !

De base je suis fervent défenseur de la sélection manuelle du point AF que je veux et il faut avouer qu’avec la couverture de ce nouvel AF je suis particulièrement gâté.
J’ai également essayé les modes de sélection auto sur l’ensemble ou un groupe de collimateurs et j’avoue être agréablement surpris par son efficacité tant qu’on n’est pas à des ouvertures trop importantes… En gros, ne pas espérer que ça fasse le point exactement où l'on le veut en choisissant tous les collimateurs avec un 85L ouvert à 1.2 . Sinon, le résultat est plutôt bon et le taux de déchet en Ai Servo bien moins important que sur le 5DII.

L’intérêt de ce nouvel AF est également son nouveau menu de configuration où tout est regroupé dans un onglet AF dédié, au lieu de les retrouver perdus dans les fonctions personnalisées. Un gain de temps important pour régler son AF aux petits oignons.
L’autre point intéressant dans ces réglages est la possibilité de choisir parmi 6 Cas AF selon le type d’action que l’on veut couvrir. Ces Cas AF sont un peu l’équivalent des Pictures Style pour les différents réglages des images Jpeg.
De plus ces Cas AF sont personnalisables sur 3 critères :
- La sensibilité de suivi (-2 à +2)
- La sensibilité à l’accélération/ décélération des sujets (0 à 2)
- Le changement automatique de point AF plus ou moins rapide (0 à 2)

Chaque Cas AF donne un point de départ particulier aux réglages que l'on peut modifier ensuite selon les 3 paramètres cités ci-dessus. Un peu comme une modification de +2 en couleur ne donnera pas le même résultat sur le réglage paysage et neutre dans les Picture Style.

Le paramétrage de l'AF devient du coup nettement plus simple et intuitif qu'il ne l'était sur les anciens 1D (même le 1D mkIV) ou même sur les AF 51 points Nikon.
Il sera toujours plus dur à paramétrer que sur un 5DII ou on ne peut quasiment rien régler mais on peut aussi choisir de ne pas régler finement l'AF et d’utiliser les compromis déjà tout étudiés par les ingénieurs Canon avec les Cas AF. Cela sera au pire du même niveau qu'un AF simple qui ne laisse pas de choix de réglages.
Pour moi, ce nouvel AF n'est pas particulièrement compliqué à prendre en mains, les paramètres de réglages sont clairs, simples à comprendre et infiniment plus pratiques à utiliser que ceux de l'ancien module à 45 collimateurs.
Maintenant c'est comme tout, si on veut régler finement son AF, on prendra beaucoup plus de temps que quand on ne peut rien régler.

4) Les nouveautés intéressantes

- Le mode silencieux
Cette fonction est vraiment une des plus bluffantes de ce boîtier !!! Je trouve déjà le mode normal moins bruyant que celui de mon 5DII, mais en mode S, la personne qui est à 3 mètres de moi pendant un mariage n'entend pas que j'ai pris une photo… J’ai eu le cas d’un marié (également photographe) qui, après que j'ai pris une rafale de 4 images de lui sous son nez m’a dit : « Bon alors tu la prends cette photo ou pas ??? ». C’est absolument génial pour la discrétion et j’évite qu’on me regarde de travers pendant les cérémonies à l’église. En plus, ce mode S est utilisable en rafale à 3 img /sec. Seul petit bémol à cette fonction, ça ralentit la latence au déclenchement et le travail de l’AF en suivi est moins simple (car l’AF est aveugle plus longtemps) Autre point très intéressant, que ce soit en S ou normal, il y a vraiment peu de vibrations ressenties dans le boîtier grâce à un très bon amortissement du miroir. C’est une caractéristique importante car elle permet de descendre bas dans les vitesses d’obturation sans risquer le flou de bougé trop important.

- Le HDR
C’est loin d’être ma fonction préférée mais j’avoue que le mode naturel est assez bien fait et les résultats sont plutôt intéressants et de bonne qualité sans être trop caricaturaux. On récupère un jpeg avec une grosse dynamique et on a en plus la possibilité de choisir si l’on veut ou non enregistrer les 3 RAW qui ont étés assemblés pour réaliser ce Jpeg.
Voici un exemple de jpeg directement sortit du 5D3 qui à assemblé 3 fichiers Raw.


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F2.8 1/1250 de sec iso 10.000

Pour comparaison voici le fichier raw sans retouche avec exposition moyenne qui fait partit des 3 fichiers qui ont permis l'assemblage HDR ci dessus. On voit que l'on part de loin au niveau de la dynamique de la scène avec un intérieur sombre et un extérieur très lumineux. On peu remarquer qu'il y a un effet de dédoublement sur l'oiseau en bois car celui ci se balancerait légèrement au moment de la photo. En dehors d'un élément qui bouge comme ici, le recadrage auto pour l'assemblage des photos marche très très bien à mains nue sur du statique.


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F2.8 1/160 de sec iso 10.000

Je me suis également rendu compte que ce Mode HDR avait pour effet de faire monter rapidement l'appareil dans les Isos même en pleine journée...

- Le double lecteur de cartes
Pas forcément indispensable, mais agréable à utiliser. J’ai ainsi investi dans une SD de 64 go classe 10 à 46 € (ça ne sert à rien de prendre une carte plus rapide, le protocole haute vitesse UHS-1 n’est pas pris en compte pas le lecteur SD du 5D3) sur laquelle j’enregistre les jpeg pleine définition en plus des raw sur la CF.
Ca fait une mémoire tampon de secours en cas de plantage d’un CF ou d’un disque sur l’ordi (une photo en jpeg est mieux que pas de photo du tout).
Cela permet également de donner des photos rapidement quand je fais de la photo de familles car laisser un Raw à qui ne connaît pas la photo ne sert pas à grand-chose…

Note : Les cartes SD classe 10 ralentissent légèrement l'enregistrement des fichiers même pour des jpeg pleine définition

- La notation des photos
Pratique pour faire un pré editing rapide sur le terrain car la notation sur 5 étoiles est lisible sur les logiciels comme LR. Ca permet de dégrossir le travail sur le terrain si on à le temps où de faire une sélection des photos que les modèles veulent que je leur retouche quand je fais une séance portrait.

- Nouvel écran
Une fois que l'on a goûté au format 3:2, il est compliqué de s’en passer ! Enfin un écran où l’on affiche la photo entièrement sans vilaines bandes noires. En plus de ce format agréable pour la photo, l’écran est bien défini, contrasté et pas trop sensible aux reflets. Encore meilleur que celui du 5DII qui était pourtant déjà très bon. Seul petit défaut, il est un peu trop flatteur et on pourra être déçu lors du passage des photos sur l’ordinateur.

- Vidéo
Pas réellement une nouveauté à proprement dit, mais de ce que j’ai vu la qualité des fichiers a fait un bond en avant avec une bien meilleure gestion des hautes sensibilités, un piqué en hausse et moins d’effet de rémanence que sur le 5DII. Pour le reste, je suis loin d’être un spécialiste de la vidéo, mais c’est sympa d’avoir cette fonction qui me dépanne bien souvent quand je veux immortaliser les frasques de mon petit loulou de 15 mois.

- la touche Q (quick menu)
Très pratique à utiliser, cette touche permet en un appuie de visualiser une grande partie des réglages de l’appareil et de les régler facilement et rapidement. Ca permet de transformer l’écran arrière comme un écran de contrôle géant. Cet écran existait déjà plus ou moins sur le 5DII, mais il était moins simple d’accès et les réglages bien moins pratiques à utiliser qu’ici. Encore une avancée ergonomique très agréable au quotidien !


© Gil COUTURIOT

5) Défauts

- Banding
Si ce point est en très très gros progrès par rapport au 5DII, il est tout de même important de noter que le lignage dans les zones sombres à bas isos n’a pas totalement disparu… En effet, on note toujours l’apparition de trames (verticales uniquement) quand on remonte un peu trop les basses lumières. Il est important de noter que cela apparaît uniquement lorsque que l’on pousse les réglages loin mais cela reste une de mes petites déceptions sur ce boîtier. Le lignage était certainement l’un des points qui était le plus énervant à mon goût sur le 5DII et j’aurais aimé le voir disparaître complètement. On note également l’apparition de lignage (horizontal ce coup-ci) sur les images à 51.200 et 102.400 isos en lumière très faible dans les zones sombres ou sous-exposées (CF dernier exemple à 100k isos dans le paragraphe hautes sensibilités de la partie 1 de ce test). Rien de très ennuyeux au quotidien mais il faut noter que Canon a encore un peu de travail pour rattraper les très bon capteurs Exmor à ce niveau.

- Visualisation des points AF
Voici un défaut que j'ai découvert après avoir acheté ce boîtier et qui est un peu galère en mariage… Les collimateurs AF ne sont pas super visibles dans un environnement sombre car ils ne sont pas rétro-éclairés en rouge en permanence et leur couleur grise de base est beaucoup moins visible que le noir des anciens EOS.
Ils peuvent s'éclairer en rouge quand on les sélectionne, mais quand on met l'œil dans le viseur on a tendance à ne pas savoir où se trouve le point AF sélectionné...
Pas dramatique mais un peu énervant quand même, surtout quand on sait que le 1DX a maintenant droit à ce rétro éclairage alors que rien n’est prévu pour le 5D3 à ce niveau…

- Bruit Thermique à très hauts isos
Il faut noter que le coin inférieur droit de l’image sur les photos à très hauts isos souffre d’une montée de bruit thermique qui se traduit par un rayonnement violet / magenta. Ce défaut est sensible à partir de 12.800 isos si on remonte beaucoup les ombres et que ce coin de l’image est sombre mais ne devient vraiment visible que sur certaines photos à partir de 25.600 isos en fonction de l’exposition de la température ambiante et de l’état de chauffe de l’appareil. Je pense que le problème est du à une montée en température d’un composant électronique à proximité du coin inférieur gauche du capteur.


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F2.8 1/50 de sec iso 102.400

- Sortie lente du mode veille
Une fois en veille, la latence entre le moment où j'appuie sur le déclencheur et où le point se fait est sensible et même surprenante. On s'y fait et on anticipe mais ce n'est pas une impression. J'ai eu 2 modèles de 5D3 différents et c'est pareil pour les 2. Le 5DII et l'ensemble des anciens EOS sont sur ce point plus réactifs !

- Lissage jpeg bas Isos
Même si je n’utilise que très peu le format jpeg, j’ai noté que le lissage à 100 isos était bien plus important que sur le 5DII. Je ne sais pas trop comment expliquer ce choix de Canon mais dans les faits la différence entre raw et jpeg est bien plus importante sur le 5D3 qu’elle ne l’était sur le 5DII. La seule explication que j’ai réussie à trouver est un travail soft pour faire totalement disparaître le lignage vertical. En effet sur le jpeg, même en le triturant dans tous les sens, je ne vois pas apparaître le lignage alors qu’il est présent (même si discret) sur le Raw.

- Positionnement Prix (VS D800/D800E)
S’il faut reconnaître la grande réussite qu’est le 5D3, il faut aussi reconnaître que Canon nous la joue à l’envers sur le prix de ce boîtier. Quand on compare au duo D800/D800E, qui est moins cher que le 5D3 on se dit que Canon se moque un peu de nous…

Par exemple, je n'aurais pas été contre un petit flash intégré comme sur les D800 pour déboucher les ombres en fill in de temps en temps ou pour déclencher à distance mon cobra… Je pense que depuis le D700 Nikon a prouvé que l’on pouvait intégrer un petit flash pop up sur un reflex plein format tropicalisé sans que cela soit un problème.
Au niveau de la construction, que ce soit plus solide ou pas, le châssis monobloc du D800 doit coûter plus cher à produire. Ce point est légèrement nuancé par la cinématique plus complexe et aboutie du 5D3 qui doit compenser une partie de cette différence de coûts.
L’obturateur Nikon avec une meilleure vitesse de synchro flash et un nombre de déclenchements « garantis » plus importants doit également coûter plus cher à fabriquer.
Par contre là ou la différence se fait réellement, c'est sur le capteur de nouvelle génération Exmor qui doit coûter plus cher à produire que l'ancienne techno CMOS bien amortie du 5D3. Je préfère le choix de canon de ne pas avoir augmenté le nombre de pixel et d'avoir soigné par la même occasion les hautes sensibilités, mais il faut reconnaître qu'en coût de fabrication le capteur exmor qui est en début de vie commercial doit revenir plus cher que le CMOS "classique" du 5D3.
Pareil pour la mesure de la lumière, même si les résultats ne seront peut être pas très différents, le module Nikon semble plus évolué (donc plus cher) que celui du 5D3 qui est aussi amorti dans le 7D, 6D, 60D, 650D, 600D, 1100D, ...
Chaque boîtier a ses points forts par rapport à l'autre et si le D800 semble plus spécialisé (comme l'était le 5DII à son époque) ça ne l'empêchera pas d'être très polyvalent (même si un peu moins que le 5D3)
Je préfère largement l'approche Canon par rapport au type de photos que je fais, mais si on regarde objectivement le coût de fabrication des 2 boîtiers, je pense que le D800 doit revenir un peu plus cher à produire.
Donc dans la logique, le 5D3 ne devrait pas être plus cher à la vente que le D800...
Mais comme on dit, les voies du marketing sont impénétrables…


© Gil COUTURIOT

Test du Canon 5D mkIII Partie I
Test du Canon 5D mkIII Partie III

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