Test du Canon EOS 5D mkIII Part 1

Introduction
Avant de commencer ce test, je tiens à préciser que si vous cherchez des mesures précises et des courbes, vous n’êtes pas tombé au bon endroit… Ce test est un retour d’expérience après plusieurs mois en compagnie du 5D3 et en ayant couvert mariages, baptêmes et pas mal de cas de figure différents avec ce boîtier. Ancien utilisateur d’un 5DII pendant 3 ans (que je continue à utiliser comme second boîtier) je serai souvent amené à comparer les 2. Je tiens quand même à préciser que malgré les défauts que je pourrais souligner sur le 5DII, il reste un excellent boîtier avec lequel j’ai pris énormément de plaisir pendant 3 ans et qu’il reste encore un bon choix aujourd’hui au niveau qualité d'image pure pour qui ne fait pas de sport et veut accéder à un FF de très bonne qualité à prix mesuré.


© Gil COUTURIOT

1) Construction & ergonomie
La construction a vraiment fait un bond en avant au niveau qualité par rapport aux autres boîtiers « experts » Canon (7D exclus). Le 5D3 est légèrement plus lourd que le 5DII mais en conditions d’utilisation, la meilleure prise en mains fait que l’on ne ressent quasiment pas cette petite prise de poids.

Au niveau ressenti justement, même si on n’est pas encore au niveau de la gamme 1D, le 5D3 semble beaucoup plus solide et rassurant avec un nouveau type de grip qui est plus accrocheur et mieux réparti sur le boîtier. Par exemple le rajout d’un morceau de grip sur la trappe de la carte mémoire contribue pour beaucoup à cette sensation de qualité.

Le viseur de son côté est légèrement meilleur que celui du 5DII au niveau de la luminosité mais c’est surtout sa couverture 100% qui fait la différence. L’ajout d’une couche LCD dans le viseur est également un vrai plus pour afficher à la demande une grille quadrillée. En tant que porteur de lunettes je le trouve également plus agréable à utiliser même si le dégagement oculaire est encore un peut court et qu’il faut bien coller son œil pour voir tout le viseur. Je pense que c’est principalement le nouvel œilleton qui contribue à cette sensation de meilleur confort pour les porteurs de lunettes.

Concernant l’ergonomie, Canon à réussi à améliorer celle du 5DII qui était pourtant déjà très agréable. Celui qui à déjà eu un 7D entre les mains ne se sentira pas dépaysé tellement les renflements, creux et bossages ergonomiques se ressemblent entre le 7D et le 5D3. Pourtant, quelques raffinements supplémentaires comme la touche Q (quick menu) ou encore la nouvelle touche du test de profondeur de champ bien placée et programmable associées aux nouveaux menus encore plus clairs (surtout pour l’AF) font que le 5D3 est encore plus agréable, rapide et intuitif à utiliser. Un vrai régal sur le terrain quand on a besoin de réactivité !

2) Qualité d’image

- Exposition

Le 5D3 a clairement gagné beaucoup par rapport à son aîné avec l’arrivée du module de mesure de la lumière IFCL à 63 zones qui permet de poser beaucoup plus juste dans les cas de forts contrastes ou lumières difficiles en préservant à la fois les zones sombres et les zones claires.

Cas concret avec une ruelle à l'ombre et un ciel bien lumineux.
En JPEG direct et sans rien toucher le résultat est impeccable avec des ombres qui ne sont pas bouchées et un ciel qui garde toutes ses nuances de bleu sans aucune surexposition.

© Gil COUTURIOT 5D3 + 85 L F1.2 1/8000 de sec iso 100
Avec le 5DII, pour avoir un tel résultat, il fallait que je travaille la photo avec une récupération des hautes lumières, qui donnait un rendu très artificiel aux données récupérés, ou en déterrant les basses lumières, ce qui avait pour effet de faire ressortir le plus gros défaut du capteur du 5DII, le banding.

- La dynamique
Autre avantage du 5D3, la dynamique est meilleure et plus facilement utilisable que ce soit pour les hautes ou les basses lumières.

Concernant les hautes lumières, j'ai réussi à récupérer le bleu du ciel et les détails des nuages dans une photo ou le ciel était presque tout blanc à la base...
On arrive même à récupérer des détails quand c'est complètement cramé, par contre on perd les infos de couleur quand on fait cette manipulation en hauts isos...
Quand je récupérais les hautes lumières avec le 5DII, il y avait des dérives de couleurs, des effets de bord et je ne récupérais pas tout ni toutes les couleurs, alors qu'avec le 5D3 je récupère de bons détails, les bonnes couleurs, le tout avec un rendu agréable.
Pour les basses lumières le 5D3 est bien meilleur que le II même si ça n'est toujours pas parfait, avec un reste de trame verticale quand on pousse trop loin pour remonter les ombres (j’en reparlerai plus loin dans ce test), mais on est très loin du quadrillage Écossais du 5DII.
Au final on gagne par le haut et par le bas sur le 5D3 par rapport au II, ce qui fait une très grosse différence à l’utilisation.
Ce que je dis peut sembler en contradiction avec les courbes des différents tests DXO et compagnie qui disent que la dynamique stagne entre le 5DII et le 5D3, mais… pour moi, les courbes c'est un peu comme les chiffres des sondages... on ne peut absolument pas les contredire car ils sont totalement justes, pourtant, la manière dont on les interprète peut donner des résultats qui diffèrent de la réalité.
Dans les faits, en dehors d'une meilleure exposition, la dynamique du 5D3 si elle n'est pas meilleure d’un point de vue courbes est beaucoup plus utilisable et de manière bien plus qualitative que celle du 5DII.

Voici un exemple de la récupération possible dans les hautes lumières.
Dans un premier temps, la photo de base à 800* isos 1/1000ème de sec et F8. C'est bien cramé dans le ciel
(*Le réglage à 800 isos en plein jour est du à la fonction HDR que j'ai utilisé pour ce test)


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F8 1/1000 de sec iso 800

La même avec juste les ajustements automatiques de LR4


On récupère bien la matière dans le ciel et les nuages. Notez au passage la bonne tenue de la dynamique à 800 isos ! Par contre, j'ai poussé la récupération loin pour l'exemple donc on a un petit rendu HDR.

Même exercice, mais en exposant, ce coup-ci, pour avoir le ciel bien exposé donc une sous-exposition de 3 il pour le reste de la photo. On est toujours à 800 isos mais au 1/8000 de sec


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F8 1/8000 de sec iso 800

La même passée dans LR4 avec une récupération de +3 il

Voici le crop sans avoir débruité

On voit que ce n'est pas super propre mais pas catastrophique non plus et surtout, on voit que le banding n'envahit pas les zones débouchées.

Pour finir, le même crop une fois débruité dans LR4

Toujours pas 100% clean mais pas mal pour du 800 isos relevé de 3 il.

LR4 a beau être capable de bien mieux utiliser la dynamique de fichiers, j’ai par acquis de conscience remouliné des fichiers de mon 5DII dedans et on est toujours loin de ce que j’arrive à obtenir avec le 5D3.

- Les hautes sensibilités
Voici un des points qui m’a fait changer mon 5DII pour un 5D3 car c’est particulièrement important dans ma pratique de la photo pour les prises de vues dans les églises et les soirées durant les mariages que je couvre.
- A 1.600 / 3.200 isos si la différence n'est pas énorme au niveau du bruit qui est quasi aussi important sur les 2 boîtiers, il y a quand même vraiment du mieux pour le 5D3 qui s’explique par 2 points :

1) le piqué est meilleur sur le 3, je ne sais pas trop comment l'expliquer mais malgré le bruit quasi équivalent, on retrouve plus de détails dans la photo.
2) Le fichier supporte mieux le post traitements, et le bruit part plus facilement que sur le 5DII à dématriceur équivalent, soit LR4 dans mon cas. Le fichier est également plus souple en traitement et offre une meilleure dynamique dans ces hautes sensibilités.
Par contre, je trouve qu'il y a plus de bruit basse fréquence ou amas de couleurs que sur le 5DII.
- A 6.400 isos, le 5D3 reste très bon alors que le 2 devenait limite et demandait une bonne exposition et un bon travail du Raw. Là, même en jpeg et lumière difficile, ça passe très bien. On conserve de bonnes couleurs et un très bon niveau de détails tout en ayant un niveau de granulation bien contenu.


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F2.8 1/160 de sec iso 6400

Un petit crop 100% pour voir le niveau de bruit

- A 12.800 isos le 5D3 est toujours largement utilisable, quasiment sans pertes au niveau colorimétrie alors qu'on ne pouvait quasiment rien tirer des photos du 5DII à cause du banding. On note quand même un premier palier de dégradation à cette sensibilité avec l'apparition de bruit coloré avec amas vert et magenta discrets.
C’est pour moi la sensibilité qualitative maximale et j’ai d’ailleurs réglé les isos auto pour que ce soit la sensibilité maxi. Sur un mariage, le fait de pouvoir monter aussi haut en isos sans arrières pensées fait que l’on a de meilleures vitesses d’obturation et donc moins de flou, ou la possibilité de fermer un peu le diaph et ainsi pouvoir avoir les 2 mariés nets sur la même photo. C’est vraiment un gros plus par rapport au 5DII où je me limitais à 3200 isos pour le coté qualitatif.

Voici pour exemple, le crop 150% à 12.800 isos F2.8 1/80ème de sec

On garde quand même un niveau de détail correct et toujours de bonnes infos au niveau des couleurs.
- A 25.600 isos le 5D3 reste utilisable et incomparable au II qui était clairement impossible à utiliser à cette valeur. Malgré tout, on note que le bruit devient beaucoup plus présent et que la colorimétrie commence à plonger. J’utilise cette sensibilité en dépannage de luxe car les résultats restent tout à fait exploitables, mais et il faut s’appliquer sur l’exposition et bien retravailler le raw ensuite. En gardant cela en tête, il faut avouer que je n’aurais jamais pensé faire des photos livrables à mes clients à une telle sensibilité !!!

© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII à 35mm F2.8 1/13 de sec iso 25.600
- A 51.600 et 102.400 ça peut être utilisable en dépannage mais de préférence en NB à cause de la colorimétrie qui commence à plonger (même s’il reste quand même des infos de couleur, ce qui est déjà impressionnant à une telle sensibilité). La perte de définition est importante, le bruit en luminance et en chrominance monte d’un cran (mais contrôlable pour ce dernier point) et la perte de contrastes et micro contrastes est également importante. Je noterai quand même que lorsque l’on utilise ces sensibilités pour gagner en profondeur de champs et qu’il y a donc un peu de lumière, les résultats ne sont pas si mauvais, même en couleur. Par contre, utilisé avec une très faible lumière, on voit ici les limites du boîtier avec l’apparition de lignage horizontal dans les zones sombres. Du dépannage donc, mais à mon goût nettement plus utilisable que les 12.800 et 25.600 du 5DII !!!
Juste pour le délire, un test à 102 k Isos après traitement dans LR
35 mm F2.8 1/80ème de sec


© Gil COUTURIOT 5D3 + 16-35 LII F2.8 1/80 de sec iso 102.400
Alors oui, ce n’est pas terrible, mais pour une telle sensibilité et si peu de lumière, je trouve ça impressionnant... Nettement mieux que mon 12.800 de 5DII en tout cas !

Pour aller jusqu'au bout, j'ai voulu tester le système à son extrême avec mon 85 L ouvert à 1.2 à 102 k isos au 1/13ème de sec... je vais avoir du mal à trouver moins de lumière ! A ce niveau, l'AF classique déclare forfait et même l'AF en live view a du mal. Personnellement, je ne voyais rien et c'est l'image du live view qui m'a permis de cadrer.


© Gil COUTURIOT 5D3 + 85 LII F1.2 1/13 de sec iso 102.400
De base sans retouches c'est franchement très moyen mais on voit une image et des couleurs...

Après un passage dans LR4, c'est toujours très moyen mais surprenant pour une lumière si faible

Ci dessus, le crop 100% pour mieux se rendre compte

- Rendu des fichiers
Comparé au 5DII, le 5D3 a un rendu assez différent avec à la fois plus de douceur dans les flous et les transitions et un meilleur modelé. Aucune idée concernant l'explication technique, mais sur le 5DII même les flous semblaient vouloir devenir net au max (j’exagère un peu mais c'est pour faciliter l'explication) ce qui donne à la photo un aspect dur...
Sur les 5D1 le 1DSII et le 5D3, les flous sont plus doux tout en conservant de la définition, je dirais que le bokeh est moins vibrant...
Il en ressort des photos au rendu moins numérique, voir un rendu presque argentique à certains moments.

© Gil COUTURIOT

Test du Canon 5D mkIII Partie II
Test du Canon 5D mkIII Partie III

Commentaires

Panchito
16/02/13

France
Paris

Bravo pour ce test bien senti. Sortir des courbes de DXO et parler de ton vécu avec ces boîtier est très intéressant et agréable à lire.
Tes descriptions de différences de rendu entre ces boîtiers sont précises, correspondent bien à une pratique photographique expliquée clairement et simplement.
Très instructif et très agréable à lire, merci!

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